C’est par un jour de décembre qu’est née la jeune et belle Kathaleia, toutes les tribus centauriennes s’étaient réunies pour l’occasion, les chefs de chaque tribus étaient réunis autour d’une table, festoyaient et chantaient comme tous bons centaures savaient le faire, pour célébrer l’arrivée de la princesse Kathaleia. L’humeur était joyeuse, tout le monde riait et parlait fort, ruant, tapant des sabots, pattes, nageoires, griffes par terre, provoquant un rythme joyeux, infernale, incessant, entêtant. Soudains les portes de la salle s’ouvrirent sur un jeune centaure, de seulement 150 ans, il avait l’allure d’un enfant de quatre ans, et paraissait fatigué. Il prit la parole aussitôt en voyant le roi devant lui :
« -Monsieur, veuillez m’excuser d’interrompre la fête mais je viens tout droit de la maternité, il y a des complications avec votre épouse, l’accouchement l’a beaucoup fatiguée et je crains qu’une infection en ai profité pour s’installer. Elle est souffrante, et nous l’avons tout de suite pris en charge mais nous ne savons pas encore de quoi il s’agit. Les médecins ont peur que cela ait un impact sur l’enfant. Comprenez : nous nous devons de garder à distance votre épouse de l’enfant pour ne pas risquer la vie du bébé. Cependant si cela se prolonge trop longtemps les médecins ont peur que cela ait des conséquences sur la psychologie de l’enfant. Sur son développement. C’est madame votre épouse qui m’a demandé de vous prévenir. »
Un silence de mort régna tout à coup, tout le monde avait le regard pointé sur la personne concernée, cherchant la moindre trace de réaction de sa part. Le roi resta d’une neutralité absolue, il ne devait pas montrer de faiblesse, encore moins devant ses sujet. Il prit la parole prenant un sourire décontracté qui sonnait faux mais qui convaincu tout le monde.
« Tout va bien mes amis, continuez de faire la fête je me charge de ce petit contre temps et je reviens à vous. Merci Ignir d’être venu nous prévenir. Accompagne-moi à ma femme s’il te plait. »
Une fois les portes de la salle des fêtes fermées le roi changea tout de suite d’attitudes, à la fois inquiet, mais aussi énervé, il n’avait pas à se méfier de ce jeune homme a côté de lui, c’était comme un fils pour lui.
Ils arrivèrent quelques minutes après, minutes qui passèrent comme des heures, à la partie hospitalière du palais. On commença par lui présenter sa fille. Elle ressemblait à un ange, paisiblement endormi, emmitouflée dans une couverture pour la tenir au chaud. Tellement loin de ce qui se passait du côté de sa mère. Le tout récent père posa sa première et unique fille et demanda à voir sa femme. On le conduisit alors dans une chambre annexe, ou sa femme était allongée, fiévreuse et délirante. Elle se débattait et hurlait tant qu’elle le pouvait. La douleur l’avait rendu folle, et personne ne pouvait la calmer, le roi lui-même n’y parvint pas. Les médecins décidèrent de la mettre en chambre d’isolement après avoir fait un prélèvement de son sang pour essayer de trouver ce qu’elle avait. Cependant les analyses ne donnèrent rien. Le roi du prendre la plus dure décision de sa vie. Il mit volontairement sa femme dans un coma artificielle et la cacha dans un lieu gardé secret. Ils étaient seulement trois à savoir où elle était cachée, lui, Ignir et le médecin de sa femme. Pour tout le reste du monde elle était morte suite à son éprouvante grossesse.
La jeune Kathaleia grandit donc sans mère qui fut remplacée par une nourrice qui la suivait partout pour s’occuper d’elle. Elle découvrit bientôt l’existence de la terre ou elle décida d’y mener une double vie contre l’accord de son père qui n’aimait pas beaucoup la planète d’où son peuple avait été violement chassé. Kathaleia eu une vie basique jusqu’à ses 250 ans (ce qui fait l’apparence d’un enfant de 5 ans chez les centaures), ou elle rencontra son premier amour, mais comme elle vieillissait moins vite que les autres, elle fut obligé de lui expliquer ce qu’elle était. Mais le jeune garçon étant trop petit pour comprendre pris la fuite et ne lui reparla plus de sa vie. Quelques temps après, son père mourra, assassiné par un traitre.
Elle resta longtemps seule. Séparé des centaures car elle fuyait ses responsabilités de princesse et des humains car elle vieillissait moins vite. Mais, pour ses 750 ans, elle rencontra un jeune homme, de 17 ans, elle tomba éperdument amoureuse : Un jeune homme ténébreux, tout en cuir et en clou, en pleine période de rébellion. Il conduisit la jeune centauresse à boire, fumer et se droguer. Ils restèrent 5 ans ensemble. Si au début Kathaleïa nageait en plein bonheur, elle sombrait de plus en plus dans la dépression à présent. Son copain la battait, mais elle était accro à lui, a ce qu’il lui donnait : extasie, héroïne, LSD, beuh, cannabis, opium, et autre psychotrope. Elle vivait entre rêve et réalité, bien que son rêve se soit depuis longtemps transformé en cauchemar. Elle aurait continué encore longtemps comme ça si son copain n’était pas mort d’une overdose.
Après la mort du jeune homme, la jeune princesse sombra encore plus profondément dans la dépression. Son histoire commence pour ses 850 ans, Elle recommence un cycle au lycée de McKinley, se retrouvant aujourd’hui en première. Elle se bat pour aller mieux mais ne voit pas le bout du tunnel, elle s’isole de plus en plus, et se retranche dans la danse.
Un grand mur de verre reflétait son image, une image terne et maigrichonne, pale et fatigué, fatigué de se battre contre ce qu’elle est, fatigué de toutes ces années de dépendance, ces années si sombres qui ont marqué sa vie, cocaïne, héroïne, cannabis, toutes ces expériences qui l’ont conduite là où elle en est. Son visage effondré, cerné, ses yeux rougis, posé entre ses mains squelettiques et ses bras frêles du à son anorexie nouvelle : tout ça, elle le cachait avec des vêtements amples et masculins. Mais l’état véritable de son corps traduisait bien celui de son esprit. Et tout comme elle cachait son corps par des habits amples, elle cachait son esprit torturé par un sourire sonnant faux et une suractivité marquée.
Mais dans cette pièce, elle était elle-même, son corps et son esprit étaient mis à nue dans une simplicité qui rendait transparente toutes les protections qu’elle s’était construite. Elle restait comme ça quelques heures puis se levait, allumait son autoradio, jouant la première musique venue et s’abandonnait entièrement à ce qui était devenu son seul moyen de libération : la danse.
Les premières notes commençaient et une énergie d’une origine inconnue l’envahissait, elle commençait ses mouvements, sautant, caressant l’air de ses doigts, d’une précision extrême, se balançant de gauche à droite, d’avant en arrière, formant des vagues invisibles dans la pièce, entrechats, pas de bourrée, arabesques, tout ça dans un rythme frénétique. Tout autour d’elle devenait noir, pour une fois ses pensées perpétuelles se taisaient et la laissaient tranquille. Elle se sentait libre, avait l’impression de voler, de n’être plus elle mais une autre personne, qu’elle ne connaissait plus, une personne heureuse. C’était si intense, si profond. Une vibration dans tout son corps puis une sensation de vide, de fatigue mais une bonne fatigue, une fatigue positive. Pour ces quelques minutes, elle affichait un sourire sincère, un sourire franc qui voulait tout dire. C’était sa passion, pire, sa vie, sans ça cela ferait longtemps qu’elle ne serait plus de ce monde.
Puis la musique se finissait et sa douleur quotidienne refaisait surface tout d’un coup, violement, alors elle éteignait sa chaine hi-fi et se posait par terre, éclatant en sanglot, détruisant le peu de maquillage qu’elle faisait l’effort de mettre pour camoufler son visage fantomatique. Voilà, c’était ça sa seule chance de bonheur, mais à chaque fois la musique se finissait, lui enlevant toute chance d’espoir. C’était ça vie, ça se résumait à ça.
On était en pleine après-midi, pour la énième fois de la journée, Kathaleïa était au toilette, à se faire vomir, elle se positionnait au-dessus de la cuvette et enfonçait ses doigts au plus profond de sa gorge, et tout remontait, malgré que son ventre soit vide. L'acide gastrique qui remontait le long de son conduit digestif, lui brûlant le fond de la gorge, sont ventre se serrait lui provocant une douleur insoutenable, mais libératrice. Elle ressortait et là l'attendait sa meilleure amie, le visage dépité, mais elle ne disait rien, elle portait juste le sac de son amie et attendait. Alors Kathaleïa se nettoyait la bouche, demandait sa brosse à dent et son dentifrice qui était dans son sac, se brossait les dents, se remaquillait, affichait de nouveau son sourire faux, et sortait, suivie de son amie. Mais cette fois-là, Léana ne la laissa pas sortir, elle l'attrapa et la serra dans ses bras, en pleurs.
"Kat, ça peut plus continuer comme ça, je me fais du souci pour toi, que vas-tu devenir ? J'ai peur de te perdre !"
Et dans ces moments-là, la jeune princesse retenait ses larmes qui ne demandaient qu'à sortir, mais non ce n'était pas possible, alors elle ravalait ses larmes et disait à sa partenaire:
"Tout doux ma belle, ça va aller t'inquiète pas. Je t'aime, ne gâche pas tout. Allé comme d'hab ! On va sortir et oublier tout ça."
Voilà c'était comme ça, ça ne changerait pas.